Des gestes de nos mondes (2026)

Curatorial

DES GESTES DE NOS MONDES

Exposition collective, du 13 septembre au 14 novembre 2026, Les Réserves du Frac Île-de-France, Romainville, puis en 2027 au 32bis, Tunis

Des gestes de nos mondes est née d’un dialogue à plusieurs voix. Conçue entre Paris, Tunis et Bologne, l’exposition réunit des œuvres de la collection du Frac Île-de-France et les pratiques d’artistes basés en Tunisie ou originaires de la rive sud de la Méditerranée. De cette circulation de regards et de contextes, émerge une réflexion sur l’archive comme matière vivante où se rencontrent mémoire, imagination et production de récits. L’archive n’est pas seulement ce qui demeure. Derrière chaque document conservé se jouent des opérations de sélection, des régimes de visibilité et des silences. Elle constitue un dispositif qui organise les manières de raconter et de transmettre. Faire une exposition sur l’archive aujourd’hui revient à interroger les conditions de fabrication de l’Histoire : ce qu’on garde, ce qui disparaît, ce qui ressurgit sous des aspects inattendus.

Les artistes explorent ces espaces flous. À travers des mémoires familiales, historiques ou collectives, ils déplacent le document de son statut de preuve vers celui de matériau sensible, traversé par l’oubli autant que par l’invention. L’archive devient une pratique du présent où les voix fragmentaires, les récits minorés et les gestes discrets trouvent de nouvelles formes d’apparition. La Méditerranée nous apparaît alors comme une construction narrative façonnée par des strates de souvenirs, de langues et de déplacements : Qui parle ? Depuis quels territoires, quels cadres de représentation ? En interrogeant tant les récits que les médiums qui les produisent, les œuvres ne révèlent-elles pas que les archives ne se contentent pas de documenter le monde ? Elles participent à sa fabrication, nous invitant à considérer chaque trace comme un acte et chaque mémoire comme un espace où le réel continue de se négocier.

Des gestes de nos mondes réunit des œuvres de la collection du Frac Île-de-France et des créations d’artistes basés en Tunisie ou originaires de la rive sud de la Méditerranée. Présentée d’abord aux Réserves à Romainville puis en 2027 au 32bis à Tunis, l’exposition est née d’une collaboration entre les deux institutions.

Au fil du parcours, photographies, vidéos, sculptures, textiles, archives, objets et gestes du quotidien composent un paysage de récits où s’entremêlent histoires familiales, souvenirs, migrations, langues, savoir-faire et héritages. Les artistes s’intéressent moins à l’archive comme trace figée du passé qu’à ce qu’elle continue de produire dans le présent : ce qu’elle transmet, ce qu’elle transforme, ce qu’elle laisse disparaître.

Les œuvres explorent les multiples façons dont une mémoire se construit. Certaines prennent appui sur des documents ou des témoignages ; d’autres réinventent des fragments d’histoire, déplacent les points de vue ou donnent une place à des récits longtemps restés en marge. Toutes interrogent ce qui fait mémoire : un geste répété, une photographie, une matière, une parole transmise, un paysage ou une absence.

La Méditerranée apparaît ici non comme une frontière ou un territoire unique, mais comme un espace traversé de circulations, de déplacements et d’imaginaires multiples. Les histoires s’y croisent, se répondent, parfois se contredisent. Elles dessinent une géographie faite autant de liens que de distances.

Plutôt que de figer le passé, Des gestes de nos mondes invite à regarder l’archive comme une matière vivante, toujours susceptible d’être réinterprétée. Les œuvres ne cherchent pas à imposer un récit unique ; elles ouvrent un espace où différentes voix coexistent, dialoguent et déplacent notre regard.

Artistes : Alex Ayed, Ahmed Ben Nessib, Chams Barkaoui, Safouane Ben Slama, Djabril Boukhenaïssi, Nidhal Chamekh, Dhia Dhibi, Férielle Doulain Zouari, Eve Gabriel Chabanon, Wiame Haddad, Kapwani Kiwanga, Wafa Lazhari, Dalila Mahdjoub, Aymen Mbarki, Fanny Souade Sow, Bochra Taboubi, Djamel Tatah, Bochra Triki

Commissaires : Hela Djobbi, Salma Kossemtini, Cindy Olohou

Performances : Chams Barkaoui, Fousssana; Haythem Zakaria, echo.II

Avec le soutien de l’Institut français, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, en partenariat avec le 32bis, Tunis.

Frac Île-de-France ↗

Photos : Martin Argyroglo, avec l’aimable autorisation du Frac Île-de-France


Diquadilà, exhibition view, La Boîte, Tunis, 2026

Diquadilà: Act II (2026)

Curatorial

DIQUADILÀ: ACT II

Exposition collective, du 7 septembre au 15 décembre 2026, La Boîte Art & Architecture, Tunis

Diquadilà منھنامنغادي. De ce côté-ci, de ce côté-là. Le titre matérialise le va-et-vient d’une rive à l’autre et le lieu d’où l’on parle. Un projet qui a d’abord existé à Modène, en Italie, avant de prendre forme à Tunis, en gardant à chaque étape la trace de l’autre rive.

Diquadilà est né d’une conversation entre trois artistes, Ahmed Ben Nessib, Stefano Ricci et Omar Cheikh, et de leurs positions respectives. L’un est immigré, l’autre l’a été, le troisième est né en exil, aucun ne vit là où il est né et aucun ne prévoit d’y retourner. Cette réflexion à trois a commencé en 2022 ; elle a pris acte en 2023 à Modène, dans le cadre du festival Periferico, avec le commissariat du Collettivo Amigdala, sous la forme d’une performance, de dessins, de sons et d’un repas partagé avec le public. Elle se concrétise trois ans plus tard à Tunis, sur le lieu du départ, dans un climat politique tendu où la question n’a rien perdu de son urgence. En Italie, le pays de l’arrivée, Diquadilà avait pris la forme d’un appel à se rassembler, intervenir et prendre part. En Tunisie, la tragédie est sous les yeux de tout le monde.

Entre 2023 et 2026, le cadre s’est durci. Le 16 juillet 2023, l’Union européenne et la Tunisie signent un mémorandum d’entente assorti de plusieurs centaines de millions d’euros, dont une part explicitement destinée au contrôle des côtes et à la lutte contre les départs. La même année, la Tunisie devient la première route de départ vers l’Italie, devant la Libye. L’Europe déplace ses frontières vers le sud et confie à d’autres le soin de les tenir. La mer cesse d’être un passage pour devenir une zone de surveillance, et la question de la souveraineté reste entière. La frontière n’est plus une ligne, c’est une étendue qui avale, en mer, dans le désert et dans les centres de rétention. Ceux qui partent, ceux qui sont prêts à partir, ceux qui sont renvoyés et ceux dont on perd la trace; ils disparaissent des récits comme ils disparaissent des cartes. Diquadilà tient cette question à l’échelle d’une voix, d’une main, d’un visage, et refuse que les départs, les déplacements et les disparitions se réduisent à des chiffres.

Pour le deuxième acte, à Tunis, la résidence s’est construite sous plusieurs volets. Avec Habiba Saidani, maître artisane de Sejnane, les artistes ont passé quelques journées à apprendre, à modeler et cuire la terre selon un savoir transmis de mère en fille, une technique ancestrale dont la précision, les conditions de sa création et la lenteur imposent leurs propres rythmes. De ce travail sont nées les marionnettes. Ces personnages ne sont pas inventés. Ils proviennent de témoignages recueillis auprès de personnes ayant migré de la Tunisie vers l’Italie, des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de générations et de conditions différentes. Chaque figure incarne une position, celui qui part, celui qui reste, celui qui attend, celui dont on n’a plus de nouvelles.

Le choix de la marionnette à gaine n’est pas anodin. Il vient du théâtre de rues, celui des foires et des places. C’est un art populaire de la main et de la voix, fait pour parler au plus grand nombre et pour se positionner. La restitution de cette résidence prend la forme d’une exposition composite qui relie les deux actes, les dessins sur bois réalisés à Modène, une performance et un documentaire d’Achref Bettaieb qui suit la genèse des marionnettes à Sejnane ainsi que les moments vécus à Tunis. Diquadilà ouvre là un questionnement, recueille un témoignage et prête une voix, de ce côté-ci, à qui veut l’entendre.

Artistes : Ahmed Ben Nessib, Omar Cheikh, Stefano Ricci

Avec : Habiba Saidani (Sejnane) ; documentaire d’Achref Bettaieb

Salma Kossemtini, Tunis, 30 août 2026

La Boîte ↗

Photo : avec l’aimable autorisation de La Boîte


Shaping Narratives, Aziza Gorgi & Emily Sarsam, Periferico Festival 2025

Aziza Gorgi & Emily Sarsam – Shaping Narratives: Unburying Echoes (2025)

Curatorial

AZIZA GORGI & EMILY SARSAM – SHAPING NARRATIVES: UNBURYING ECHOES

Performance, October 2025, Periferico Festival, Modena

Shaping Narratives is a multisensory performance that traverses real and imagined funerary rituals across space and time. Criss-crossing between Tunisia and Modena, the work invites audiences to engage through scent, taste, sound, memory, and collective acts of grief and commemoration.

Developed through a series of physical and virtual encounters with archaeologists in Modena, the performance takes as its starting point the shared culinary traditions of North Africa and Northern Italy. These exchanges unfolded into speculative explorations of funerary practices within Etruscan and Roman tombs, offering a context through which to examine the transformation, survival, and reimagining of ritual across geographies and histories.

Through this work, the artists reflect on archaeology as both a scientific and speculative discipline, one that continuously reorders historical narratives through fragmented discoveries. With sensory ceramic and glass vessels, the artists explore taste as a medium of remembrance and connection. The performance interrogates how power, memory, and cultural dominance are shaped and perpetuated through the act of excavation and interpretation of artefacts.

Central to Shaping Narratives is a collaboration with a local ensemble of singers, who co-create and perform the live vocal score. Curator Salma Kossemtini worked closely on the research and creation process, as well as Collettivo Amigdala, who put the artists in touch with archaeologists working with the Museo Civico in Modena.

Artists: Aziza Gorgi, Emily Sarsam

Curators: Salma Kossemtini (co-curation), Collettivo Amigdala

Emily Sarsam is an interdisciplinary artist, researcher, and cultural organizer based between Tunis and Vienna. Working with mediums such as composition, voice, fiction and poetry, performance, and publishing, her work mainly revolves around commoning practices in rural and agricultural contexts, as well as the impacts of colonialism and extractivism on food, farming and local cosmologies.

Aziza Gorgi is an interdisciplinary artist. She creates sculptures, prints, tiles and choreography. Her themes range from popular culture to local applications of modernity, colonialism and tradition. Through performances and installations, she explores new forms of familiarity.

Together, they are the co-founders of Broudou, a publication and learning community devoted to creative research and experimentation around ecology, agriculture, and food.

With thanks to Laura Petrucci, Veronica Tarpani, Federica Rocchi, Matteo Torsani, Serena Terranova, Alessia Pelillo (Modena Civic Museum, head of communication and European projects), Federica Maria Riso (archaeologist), Ilaria Pulini, the Novi Ark excavation, Luciano and Mirco Pallotti, Silvia Pellegrini (archaeologist, Modena Civic Museum), Ahmed Ben Nessib and the participants of the choir.

Photos: Davide Piferi De Simoni


Jet Lag No.100 – House arrest | إقامة جبرية (2025)

Publications

JET LAG NO.100 – HOUSE ARREST | إقامة جبرية

Fanzines, Lendroit éditions, mai 2025, Paris Ass Book Fair, Palais de Tokyo, Paris

Jet Lag est une collection éditoriale de fanzines expérimentaux, conçue comme un espace de création, de réflexion et d’édition partagée. Chaque édition se compose de 10 fanzines confiés à 10 artistes ou collectifs, invités à proposer une contribution libre, visuelle, textuelle, fragmentaire, intime ou politique.

Cette édition a été confiée à la scène contemporaine tunisienne. Le point de départ était simple : interroger les formes que prend aujourd’hui la création dans un contexte actuel instable, sous pression. Cette dernière édition est une tentative de saisir un moment, de le lire sous plusieurs angles, d’en cartographier les tensions.

L’enjeu ? Offrir une perspective brute, sans filtre, sur le monde à travers les yeux de celles et ceux qui ressentent l’urgence de s’exprimer, malgré la répression, le doute, la fragilité. Les artistes invité·es répondent par un processus d’observation, d’étude du visible et de l’invisible. Leurs propositions oscillent entre esquisse et réalisation, entre notes personnelles et constats collectifs.

Chaque contribution est une tentative de déchiffrer, du sens des mots ou l’ombre d’un projet en devenir. Loin d’une vitrine, ces fanzines agissent comme un atelier collectif, où les formes se cherchent autant qu’elles s’affirment. Ce ne sont pas des réponses, mais des processus en cours. Ils exposent les outils du travail plus que ses résultats, comme dans le travail de Wafa Lazhari « It’s an unfinished journey like many others. »

Certain·es partent de l’intime, d’une introspection personnelle, comme 3.odwan, avec Lies > Poetry, un espace de satire à décrypter, où le parcours renaissant devient matière à interroger le socio-politique à travers signes, personnages, souvenirs. L’écriture exhume les non-dits, marqués et notés à travers une psyché affirmée, rythmée par les ruptures du quotidien. Ghad Al Majid, quant à iel, cherche au cœur du processus ce qui existe jusqu’à s’en libérer en le dépassant.

D’autres abordent le territoire comme une archive vivante, une matière en transformation à ciel ouvert. Férielle Doulain-Zouari façonne la terre comme une métaphore d’un corps social mis à nu. Les images d’Achref Bettaieb capturent les mutations visuelles de nos espaces publics en perpétuelle métamorphose. Ce qu’El Warcha en fait est tout autre : une relecture, une transgression et une célébration collective de ce que l’espace public donne à voir, un véritable théâtre de situations.

D’autres encore posent des gestes sur l’invisible. Gladone! Bywho! recompose les nouvelles, les médias et nos réalités physiques et virtuelles en un détournement de situation, en un journal tragique : un miroir tendu à une société trop absorbée par son image. Jack Montaly esquisse un langage à venir, un langage qui explore les formes et structures que constitue sa réalité.

Les œuvres de Sana Chamakh et Bochra Taboubi habitent les seuils des corps et des vestiges : entre mémoire et matérialité, entre absence et déconstruction. Chez Sana Chamakh, il s’agit d’une dissection puis d’un ré-assemblage du corps féminin : collage, transfert, dessin en noir et blanc, comme un manifeste visuel anatomique. Elle cherche à recréer, redéfinir et ré-appréhender le corps, entre fascination, distance, tendresse et confrontation.

De son côté, Bochra Taboubi imagine avec Human Abyss une cartographie post-anthropocène. Elle plonge dans les zones abyssales de l’humain où les strates de frustration deviennent sédiments. À mesure que l’on descend, on atteint la black box, système complexe et mystérieux, où l’invisible gouverne l’humain de l’intérieur.

House arrest | إقامة جبرية, un titre décidé collectivement, n’est pas un mot d’ordre, mais une hypothèse : celle d’un enfermement intérieur autant qu’extérieur, une contrainte qui agit sur la forme mais au fond duquel les artistes continuent à créer. Le fragment devient alors stratégie : esthétique de l’inachevé, du pas encore, du peut-être, mais qui bouge, avance certainement. Chaque fanzine devient une carte sensible, une tentative de saisir ce qui circule, résiste, doute, se construit dans leurs pratiques respectives.

House arrest | إقامة جبرية n’est pas là pour offrir des réponses. Il donne à voir ce qui travaille la scène tunisienne aujourd’hui ; montrer le processus devient un geste assumé. Dans un pays où les espaces d’expression se ferment, ces fanzines circulent. Ils relient. Ils tracent. Ce No.100 propose une archive insoumise, en construction, d’une scène qui résiste en créant.

Salma Kossemtini, mai 2025

Artistes : Achref Bettaieb, Bochra Taboubi, El Warcha, Férielle Doulain-Zouari, Ghad Al Majid, Gladone!Bywho!, Jack Montaly, Sana Chamakh, Wafa Lazhari, 3.odwan

Commissariat : Salma Kossemtini

Édition : Lendroit éditions, Rennes

À propos des artistes

Achref Bettaieb, vidéaste et skateur, dont les films, photographies et installations multimédias interrogent les contrastes et complémentarités du comportement humain, les rythmes sociaux et l’interaction entre le visible et l’invisible.

Bochra Taboubi, artiste visuelle et designer de produits, diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis. Elle travaille sur la vie artificielle et des créatures fictives qui interrogent l’être humain, à travers dessins, vidéos et installations.

El Warcha, collectif et espace de création fondé en 2016 dans la médina de Tunis, qui promeut l’éducation pratique et l’action civique par la fabrication de mobilier urbain temporaire, d’installations et d’événements publics avec les habitant·es.

Férielle Doulain-Zouari, artiste franco-tunisienne. Par des techniques manuelles, elle interroge les cohabitations entre le naturel et l’artificiel, à travers installations, sculptures et tissages.

Ghad Al Majid, artiste visuel·le basé·e à Tunis (peinture, sculpture, impression, installation), dont le travail explore l’aliénation sociale, les frontières, la transience et la subjectivité queer.

Gladone!Bywho!, Nur Zen, artiste tunisien explorant les mondes physiques et virtuels pour interroger la société contemporaine et ses constructions médiatiques.

Jack Montaly, artiste visuel explorant l’intersection du langage, de la perception et de l’identité, à travers textes, vidéos et images.

Sana Chamakh, artiste visuelle dont la pratique se concentre sur l’égalité des genres et l’expression sexuelle et queer, transformant le corps en théâtre de résilience et de transformation.

Wafa Lazhari, architecte, artiste et cinéaste tunisienne, qui explore la frontière entre réalité et illusion en combinant images réelles et animation 3D. Elle étudie au Fresnoy, Studio national des arts contemporains, depuis 2024.

3.odwan, confectionneur autodidacte d’objets en déséquilibre. Dessin, peinture et sculpture sous contrainte des moyens et des intrusions.

Images : Lendroit éditions


Tuli Mekondjo, Black Saara, Dak’Art Biennale 2024

Reclaiming Black Saara’s Legacy – Tuli Mekondjo (2025)

Texts

RECLAIMING BLACK SAARA’S LEGACY

Article, on Tuli Mekondjo’s performance at the Dak’Art Biennale, Dakar, 2024. Performance Art Museum reviews, February 2025

Read the full text on Performance Art Museum ↗

Tuli Mekondjo, Black Saara, Dak’Art 2024

Tuli Mekondjo embodying Black Saara, Dak’Art Biennale, Dakar, 2024. Photo: Pierre de Perouges


Haptic Library – Dak’Art Biennale (2024)

Curatorial

ARCHIVE ENSEMBLE – HAPTIC LIBRARY

Biennial, with Archive Ensemble, February to December 2024, Ancien Palais de Justice, Dak’Art Biennale, Dakar

A Flood is a Remembering: Communing in Catastrophe

“[T]he act of imagination is bound up with memory. You know, they straightened out the Mississippi River in places, to make room for houses and livable acreage. Occasionally the river floods these places. ‘Floods’ is the word they use, but in fact it is not flooding; it is remembering. Remembering where it used to be. All water has a perfect memory and is forever trying to get back to where it was.”
Toni Morrison, “The Site of Memory”

“Wake: the track left on the water’s surface by a ship; the disturbance caused by a body swimming or moved, in water; it is the air currents behind a body in flight; a region of disturbed flow. […] I mean wake work to be a mode of inhabiting and rupturing this episteme with our known lived and un/imaginable lives.”
Christina Sharpe, In the Wake

Inspired by Christina Sharpe’s call for “wake work” as a fugitive and resistant means of inhabiting and rupturing dominant epistemes, and Toni Morrison’s invitation to re-membering through floods of love and imagination, Archive Ensemble offers an overflowing space for deep listening, deviant learning, and riotous communion.

In the wake of constant historical catastrophes manufactured by hegemonic and heteronormative patriarchy (slavery, colonialism, imperialism, capitalism, and Zionism), we carefully take up both Sharpe’s and Morrison’s reflections as pedagogical gifts: if the movement of water found in the wake, and in floods, is the ruptural movement of re-membering what has been concealed and unloved, but also what cannot be contained and insurgently asks to be sensed, then what other swells of collective existences might we read, not as troubled deviations from a socialized norm but as threads of resilience, resistance, and remembrance against oppressive regimes?

A flood is a remembering: communing in catastrophe navigates temporal and geographical boundaries, bringing together a myriad of misdiagnosed and misunderstood waves of knowledge transmission. It invites us to read the text(tures) of textiles, recite the prose of plaits, study the syntax of sonics, and generate citations of seeds and shouts. Hence, we are called to engage with the particular yet constitutive formations that characterise our living experiences by reopening forgotten archives, which are not confined to the written word, the finitude of the book, and the conventional idea of the library.

The very foundations of the library, commonly framed within the canonised image of a treasurable lieux de mémoire or sites “where memory crystallises and secretes itself” (Pierre Nora), are problematised. Throughout history, and especially after the print revolution, libraries have become repositories of books, materials, and documents purposely selected to record and make public a specific model of knowledge based on concealments, censorship, and iterations aimed at consolidating a dominant narrative. Libraries have retraced colonial and imperialist practices, which, as Edward Said and Michel Foucault pointed out, were primarily “textual enterprises” based on the entanglement of knowledge and power. As a result, libraries housing those textual enterprises have become a dangerous source of control. According to V.Y. Mudimbe, who coined the phrase “colonial library,” imperialist accounts of Africa and other colonised regions of the world must be decentered. Knowledge must be released from present research systems that obscure the presence of other libraries, ways of thinking, and processes.

It is in the wake of these suggested pathways and alternative publishing practices that Archive Ensemble presents the Haptic Library as an anti-colonialist library that re-imagines and reroutes the library as a souq, a fluid space for communal desire, an ark(he) of social justice not delimited by the hierarchies and individualistic logics of institutions, but given to excess, overflow, exchange, and collision not only as a methodology but as a study of ways of being that are inherent “with,” “across,” and “through.” Drawing inspiration from the word “hapticality,” as proposed by Stefano Harney and Fred Moten in The Undercommons, the Haptic Library presents itself as a receptacle for extending “the capacity to feel through others, for others to feel through you, for you to feel them feeling you…” It questions the inherent dominance of sight and printed matter by bringing multiple approaches to inscribing and disseminating knowledge into proximity and encouraging interaction with a range of textural forms and modes of thought. Ultimately, it interrogates the politics of space by suggesting other ways of inhabiting sites of power.

As such, the Haptic Library infiltrates the Ancien Palais de Justice, a former courthouse and colonial architecture; it serves as a liquid laboratory of imagination and radical thinking. Here, the act of re-membering becomes a form of re-writing and resisting colonial narratives that have dis-membered affectivity, bonds, and entire cultures. Here, love provokes “floods and floods of blocked memories” to break (Morrison). Here, the doors of justice swing open to several questions, since questioning signals the movement of thought about what the wake awaits and awakens.

How can floods of violently repressed archives break how we know the world? What if the iterative power of knowledge, as affirmed and reinforced by patriarchal, colonial, and capitalist paradigms, is replaced by “unearthing and piecing together the fragmented members of existence” (Jacqui M. Alexander)? What memory is disseminated through publishing virtuality, its capacity to re-imagine the wor(l)d as “contingency and possibility” rather than “necessity and determinacy” (Denise Ferreira da Silva)? How can publishing be activated as the ground for collective solidarity and inseparability, and participate in undoing fixed boundaries? “What is opportunity in the wake of catastrophe, and how is opportunity always framed?” (Sharpe).

As we navigate the turbulent currents of the present moment, let us embark on a journey of wake work, reclaiming agency, and forging pathways towards liberation and the consciousness that we are part of a living memory that, like a flood, cannot be contained but instead requires us to hold together and “dare yearning for each other” in power and love (Alexander). Holding steadfast to our capacity to commune in the wake of catastrophe, unashamed if they call it a riot or protest, delinquent or delusional, unlawful or unsanctioned, for Morrison reminds us, “‘floods’ is the word they use, but in fact, it is not flooding; it is remembering.”

Archive Ensemble, Dakar, 2024

The Haptic Library is part of Archive Ensemble’s research formation “Publishing Practices,” which studies extended publishing possibilities by uncovering other ancestral knowledge and extra-logical thinking.

Artists: Zineb Achoubie & Lorenzo Sandoval, Rashida Bumbray, Banji Chona, Diana Ejaita, Adama Delphine Fawundu, Keren Lasme, Elsa M’bala, Nontsikelelo Mutiti, Katy Léna Ndiaye, Sara Ouhaddou, Lerato Shadi

Curators (Archive Ensemble): Mistura Allison, Kany Ndiaye Sarr, Chiara Figone, Samira Ghoualmia, Kennedy Jones, Salma Kossemtini, Tabara Korka Ndiaye

Photos: Salma Kossemtini


Thania Petersen – Can we sing together again, old friend? (2022)

Production

THANIA PETERSEN – CAN WE SING TOGETHER AGAIN, OLD FRIEND?

Solo show, exhibition production, 10 June to 29 July 2022, 32Bis, Tunis

Can We Sing Together Again, Old Friend? is the outcome of a residency of nearly three months by the Cape Town-based artist Thania Petersen at 32Bis. The exhibition is a sensory narrative of the rites of the Mouled: cutting lemon leaves, burning louben, adding musk, oils and orange blossom water, and dividing the mixture into thousands of small organza bags before the dhikr, or jiker, can begin.

The practice goes back to the communities of Southeast Asia forcibly displaced to the Cape by Dutch colonists in the 17th century, while its scents recall North Africa, telling another story of the cultural and religious exchanges between Asia and Africa: the incessant circulation of sounds, melodies, rites and rhythms across ages and seas.

I followed the production of the exhibition throughout the residency, with Hela Djobbi and Roya Mansar: the production of the embroideries with Tili Tanit, the scenography of the exhibition, and the coordination of the performance Jieker, presented at the opening by Thania Petersen with Lobna Noomen and the Al-Aissaouia troupe “Antom Sadati”, led by Cheikh Azzeddine Farjani.

Curator: Camille Lévy Sarfati

Production: Salma Kossemtini (embroidery production, exhibition scenography, performance coordination), with Hela Djobbi and Roya Mansar

Embroidery: Tili Tanit

Performance: Jieker, by Thania Petersen with Lobna Noomen and the Al-Aissaouia troupe “Antom Sadati”, led by Cheikh Azzeddine Farjani, 10 June 2022

Photos: Nicolas Fauqué, courtesy of 32Bis


Malek Gnaoui, SC20/broken, Selma Feriani, Sidi Bou Said, 2020

Malek Gnaoui: The Elastic Mind (2020)

Texts

MALEK GNAOUI: THE ELASTIC MIND

Article, with Syrine Siala, on the exhibition Essaida Carthage by Malek Gnaoui, Selma Feriani Gallery, Sidi Bou Said. TASAWORAT, 2020

Read the full text on TASAWORAT ↗

Malek Gnaoui, SC20/broken, 2020

Malek Gnaoui, SC20/broken, Selma Feriani Gallery, Sidi Bou Said, 2020. Photo: Selma Feriani